Il va faire tout noir.

Il fait tout noir

Je me sens bien. Il fait chaud, voire tiède. Je ne manque de rien. Un petit déjeuner, composé essentiellement d’œufs avec une tranche de pain complet et un peu de jambon. Des déjeuners et dîners plutôt équilibrés, je ne pensais pas que j’allais bénéficier de tant de faveurs.

Je me suis retrouvée là, sans trop savoir pourquoi. Mes souvenirs sont flous, comme si j’avais subi une métamorphose ou une lobotomie. J’hésite.

Le seul bémol serait peut-être mon manque d’espace, je me sens enfermée entre quatre pans de matière solide ou peut-être pas. Cela fait tellement longtemps que je suis ici et dans l’obscurité, que j’en ai oublié mon environnement. Je sais à peu près à quel moment de la journée nous sommes, en fonction des repas qui arrivent. C’est mon seul contact avec l’extérieur.

C’est l’attente, qui me fait tenir. Je sais qu’on m’attend, à l’extérieur. Malgré la solitude, je me sens attendue, aimée. Même de dehors. C’est difficile à expliquer mais je leur fais confiance plus que jamais… Ils ne me laisseront pas ici.

Lui, m’a toujours comblé d’amour ; très présent et vif d’esprit, je sais qu’il prépare tout pour mon arrivée, qui promet d’être exceptionnelle grâce à lui. Il est cet homme que nous rêverions toutes d’avoir, amoureux, investi, entreprenant. J’ai hâte de le voir. Le Grand Jour.

Et surtout, il prend soin d’elle. Je sais qu’elle ne manque de rien et c’est le plus important pour moi. Surtout, qu’elle ne manque de rien ! Elle est mon cœur, mes poumons, mes entrailles … Je ne serais rien sans elle. Elle me fait tenir dans ce trou noir, elle est ma lumière. Quand je m’endors, j’entends sa voix. Quand je me réveille aussi. J’ai cette sensation étrange de manque alors que nous n’avons vécu que peu de choses ensemble. C’est comme si je la connaissais depuis toujours. Je l’aime tellement fort. Quel bonheur de les avoir, tous les deux.

J’entends souvent des voix. C’est tout ce que j’ai, avec mon imagination et mes repas. Il fait tellement sombre que j’en oublie où sont mes propres pieds. La folie m’emporte parfois et je rêve alors de formes étranges et d’espace. Surtout d’espace. Les voix que j’entends me suivent, j’aimerais parfois être tranquille, mais j’ai appris à vivre avec. Elles sont tellement proches que j’ai parfois l’impression qu’elles me touchent. Elles sont douces.

Si seulement je pouvais respirer l’instant d’une journée. Sortir. Les voir. Me laisser vivre. Pourquoi tant de solitude, alors que les autres sont autorisés à être ensemble? Je ne peux parler à personne. Je ne vois rien. J’entends, c’est tout.

Un soir, alors que je terminais mon dîner et que j’étais confortablement en phase digestive, je me suis fait une réflexion : je n’avais encore jamais tenté de m’évader. Aussi évidente que paraissait cette option, mon confort m’avait jusqu’ici détourné de toute tentative d’échappée. Pourtant, une évasion est plutôt simple à organiser, quand nous n’avons rien à prendre. C’est alors que je décidai d’y aller ; un pied dehors et le tour serait joué. Il fallait au moins essayer !

Mais quelle erreur… Je m’en veux tellement. Je les ai mis en danger par mon insouciance. L’atmosphère pesante se resserre ; je suis coincée. Pas une seule seconde, je n’ai envisagé les conséquences de cet acte, pour moi de courage. Toute cette ambiance si calme et posée jusqu’à maintenant s’est soudainement transformée en zone d’attaque inconfortable. Je suis trop serrée, je manque d’espace, c’est de pire en pire et çà en devient insupportable. Laissez-moi sortir ! J’entends ces voix qui s’agitent, effrayées, mais comment peuvent-elles avoir peur de moi? Arrêtez, ne me touchez pas ! Je demandais juste une seconde à l’extérieur, je respire et vous me récupérez. Tellement simple ! Je ne comprends pas ce remue-ménage. Puis, plus rien.

Je me réveille. Je suis toujours au même endroit. Fausse alerte. J’ai échoué. Mais je me sens de nouveau bien. Mon atmosphère humide me paraît agréable, peut-être la fatigue des péripéties de la veille, ou d’avant, je ne sais toujours pas quel jour on est. J’ai eu l’impression qu’un souffle d’air est entré dans mon sommeil, comme si on avait ouvert une fenêtre qui n’existe alors pas dans ma cellule.

J’ai l’impression que mon environnement est paisible, calme. Je pense à elle. Elle doit se sentir apaisée, bien entourée. J’aime cette plénitude. Plus rien ne bouge, calme plat. J’arrive à m’endormir facilement. L’envie de sortir a disparue, je suis finalement bien dans mon cocon… Je remarque que plus je deviens calme, plus mon environnement est calme, comme s’il s’adaptait à moi.

Tant pis pour le tour dehors, ils viendront me chercher et je pourrai enfin rencontrer mon papa et ma maman.

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